M’inspirant du concept bouddhiste de la voie du milieu et de
diverses autres traditions mystiques, je crée un espace visuel
où se chevauchent plusieurs réalités. Je cherche
ainsi à exprimer une certaine difficulté de se tenir
entre deux, dans la contrariété pure, dans l’oscillation,
le flottement et de maintenir une forme de distorsion.
Plus que de chercher à déstabiliser le spectateur, je
questionne le pouvoir de l’esprit et les raccourcis que celui-ci
peut prendre afin de résoudre un problème ou une énigme.
En effet, dans mes œuvres les plus récentes nous pouvons
voir comment en dépit de parties manquantes (voir Petite Configuration
I) l’esprit re-crée la forme suggérée;
de mémoire il rempli les blancs, alors que tout autre chose
pourrait se passer dans les espaces vides. Ailleurs, dans Configurations
I et II, l’esprit est là aussi mis à l’épreuve,
mais cette fois les lignes ne se suivent pas forcément d’un
fragment à l’autre et cela crée un inconfort,
un déséquilibre qui laisse comme suspendu dans un espace
intermédiaire; sans réponse.
Depuis plusieurs années ma recherche procède par superpositions
de couches (couleurs et médiums) et par fragmentation de l’œuvre.
Ces deux actions me permettent d’investir deux espaces simultanément;
l’espace imaginaire (illusion de profondeur) et l’espace
physique. A la manière des plis de Deleuze , mes espaces se
multiplient, se déplient dans toutes les directions; physiques,
mentales, spirituelles. Chacune de mes compositions est divisée
en carrés (triangles et cercles) qui semblent individuellement
liées les uns aux autres et pourtant séparés
par un espace neutre, le mur. Tout se passe au niveau des rencontres,
des correspondances, des manques et des espaces suggérés.
Françoise Issaly