Le 19 janvier 2004
Émission : Aux Arts etc…
Radio Canada |
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Commentaire de Dominique Charbonneau (DC) :
- Dominique vous nous parlez d’une exposition,
décidément aujourd’hui nous parlons beaucoup
d’européens qui sont installés ici…
DC : ah c’est vrai, mais oui…
- (…) et là, c’est une artiste en arts visuels.
DC : Effectivement : Françoise ISSALY, qui présente
des œuvres récentes à la galerie Port-Maurice
qui se trouve à la bibliothèque de l’arrondissement
de Saint-Léonard à Montréal, mais elle a exposé
quand même un peu partout ; elle a exposé à
Montréal au Centre Culturel de Verdun ; les Femmeuses en
2003, en 2002, elle était de cette exposition collective
là. Elle a exposé en Allemagne, en France, dans la
région de Châteauguay, au Consulat français
à Montréal ; donc elle est quand même assez
connue. Il y a une de ses œuvres qu’on voit souvent,
en tout cas que je vois tous les matins en allant travailler. Elle
se trouve prés de la rue Rachel sur la rue Saint-Urbain ;
c’est cette orchidée gigantesque que l’on a installé
dans le cadre du projet Artevista ; ce sont des œuvres d’art
que l’on voit dans la rue, des grandes murales…
- ah oui oui
DC : et c’est une de ses œuvres qui se trouve justement
sur Saint-Urbain prés de Rachel. C’est une artiste
qui dit s’inspirer beaucoup de la démarche vers la
voie du milieu, enfin, un concept bouddhiste si l’on veut,
sur cette nécessité de créer un entre deux,
un équilibre précaire, un équilibre instable
et elle s’intéresse à cet équilibre qui
se trouve sur le fil du rasoir. Et elle s’intéresse
au pouvoir de l’esprit de créer des raccourcis pour
donner un sens au choses, pour reconstituer les parties manquantes
d’un tout ; donc le spectateur a vraiment un rôle actif,
même si c’est très méditatif à
considérer, le travail qu’elle fait est un travail
qui porte à la réflexion, mais une réflexion
très active. La série que l’on peut voir à
Saint-Léonard est la série de Configurations. Elle
travaille beaucoup de façon sérielle, elle aime les
déclinaisons à partir de quelque chose, elle a toujours
travaillé comme ça. Dans toutes ses œuvres elle
part dans une veine et va l’exploiter au maximum et après
elle passe à autre chose, c’est très marqué
chez elle. Tous les artistes font un peu ça, mais chez elle
c’est vraiment marqué, surtout le côté
sériel. C’est des séries qui sont soit flexibles
soit pas, c’est à dire qu’il y a des configurations
qui peuvent être transformées selon le lieu d’exposition,
selon la personne qui décide de faire l’acquisition
de ces œuvres là, enfin, j’imagine qu’il
y a tout un tas de facteurs qui entre en compte et ce sont des acryliques
sur papier marouflé sur bois ou encore carrément sur
toile qui sont, et chaque composition est divisée en carrés
et en triangles, séparées par un espace de 2 à
3 cm, en fait c’est le fond, c’est le mur et c’est
disposé comme s’il y avait une grille invisible, et
il y a des parties manquantes.
- Et il peut y en avoir combien par exemple ?
DC : Cela peut aller de 5 ou 6 carrés, à 40
- Cela créé de multiples possibilités aussi.
C’est fascinant de savoir que l’artiste accepte que
son œuvre soit interprétée différemment
selon la personne qui va la posséder.
- DC : C’est l’un des caractères exclusif de
son travail. Je n’ai pas vu ça souvent chez des artistes.
D’ailleurs, elle se dit tout à fait disposée
à se déplacer pour aller installer l’œuvre
chez l’acheteur éventuel, pour justement s’adapter
au lieu d’installation. Et il y a même des Configurations
Solo, alors je ne sais pas si on peut les mettre à l’envers
ou à l’endroit mais dans ce cas là c’est
peut-être un petit peu plus simple.
L’aspect de ces tableaux là est assez fascinant. Dans
bien des cas elle essaie de reconstituer une espèce de forme
arrondie. Cela peut être oblong, rond, un peu déformé.
Il y a tout autour des espèces de tentacules, de filaments,
de membranes qui s’étirent et qui font penser à
des formes se rapportant à la biologie ou encore même
à l’astronomie. On se situe entre deux mondes à
vrai dire, entre l’infiniment grand et l’infiniment
petit, et les formes rappellent ça. Cela pourrait être
tout autant une planète qu’une cellule. Il y a un halo
blanc qui entoure ces formes arrondies là, cela pourrait
être autant le halo que créé le microscope lorsqu’on
regarde une cellule…
- avec ce morcellement aussi
DC : …que la couronne qui se trouve autour du soleil. Les
filaments ; cela pourrait être des tas de choses, cela peut
être un réseau neuronal, cela peut être effectivement
les filaments des nébuleuses. On va vraiment sans arrêt
de l’infiniment grand à l’infiniment petit.
Les coloris sont très organiques ; on va dans les teintes
de brun brûlés (…), beaucoup de couleurs très
très chaudes, très intenses ; des beiges, des kakis,
et ce qui est fascinant c’est le procédé qu’elle
utilise pour appliquer la couleur. Elle met une espèce d’agent
texturant très sablé qui fait en sorte que pour ce
qui est des couleurs claires on a l’impression qu’elle
utilise un pigment de nacre. Tant et si bien que quand on contemple
le tableau, il y a des formes très mattes, très sombres
qui ressortent et le fond qui éclaire un peu. Qui semble
nacré. On a l’impression que la toile est illuminée
par en arrière. Tellement que moi je m’y suis trompée
; je veux dire que je me suis rapprochée de la toile pour
regarder: mais d’ou sort la lumière ? J’ai réalisé
que cela sortait de la toile. Alors, j’étais vraiment
emballée. J’ai trouvé ça très
intéressant comme procédé et c’est une
utilisation très pertinente justement de ces pigments. Car
justement ces pigments de nacre sont souvent utilisés à
tord et à travers ; y’en a qui en font une signature
de leur travail, il y en a qui donnent un côté ‘joli’
aux œuvres parce que c’est un petit peu plus spectaculaire,
c’est comme lorsqu’on ajoute du brillant à des
tableaux, ça a un petit côté mauvais goût,
mais dans ce cas là ça va vraiment travailler le jeu
de la profondeur parce qu’on a l’intensité, la
matité d’un côté et le côté
nacré de l’autre.
- Un peu comme une pierre pourrait donner comme impression
DC : Exactement, ben oui, cela fait partie du réel, cela
fait partie de l’organique, même si c’est du minéral.
D’ailleurs, il y a un côté très minéral
à ce qu’elle fait, et c’est une exposition qui
est présentée jusqu’au 31 janvier prochain ;
c’est à la bibliothèque du grand complexe culturel
de Saint-Léonard, après quoi, ben, elle va revenir
certainement, Françoise ISSALY, mais elle est allée
s’installer, la chanceuse, devinez ou ? En Californie.
- Que c’est triste en ce mois de janvier. On peut la comprendre
mais en tout cas, elle nous a laissé ses œuvres en attendant
et c’est tant mieux. Merci beaucoup Dominique.
DC : au plaisir.